Le conteur de Carleton-sur-Mer

[Article invité de Céline Fernbach]

Il y a quelques années, Patrick Dubois, décide de quitter sa vie citadine de jeune « business man » pour retourner dans son village natal à Carleton-sur-Mer et devenir conteur. Il découvre alors un autre rapport au temps et à l’argent et décide de prendre sa retraite avant 30 ans…

Un soir d’été au Québec, autour d’un beau feu de grève en compagnie de nombreuses personnes, j’aperçois un drôle de personnage se joindre à la fête. Vêtu d’habits paraissant sortir d’une autre époque, un jeune homme barbu s’approche du feu et se présente comme un « quêteux » venu conter une histoire. L’assistance entière se tait et l’écoute pendant un bon quart d’heure. Terminant rapidement son conte d’une main de maître, le jeune homme se présente sous le nom de Patrick et invite l’assemblée à venir l’écouter conter le lendemain soir sur une autre plage dans le même village. Il semblerait que Carleton va me retenir encore un bon moment.
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08082016-DSCF062706082015-_DSC6686Au rendez-vous le soir suivant, j’écoute Patrick conter après lui avoir demandé si je peux le photographier pendant sa prestation. Il commence par raconter sa propre histoire : celle d’un jeune entrepreneur urbain, dynamique et attiré par l’argent. Son parcours professionnel, d’achats de commerces en boulots harassants, l’a amené à renoncer à la richesse monétaire dont il rêvait pour adopter une vie de simplicité volontaire, en quittant la ville pour retourner dans son village natal, et recentrer ses activités pour réduire ses besoins, et donc ses gains. Son discours me parle ; il faut que j’en sache plus.

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06082015-_DSC6643Une fois son spectacle terminé, Patrick invite le public à lui laisser une petite participation sous forme de dollars, de demi (monnaie locale qu’il a lui-même lancée avec un ami), ou de troc. Je vois plusieurs personnes lui offrir des pots de conserve ou de confiture, qu’il remercie chaleureusement. Mes poches sont vides, je cours jusqu’au van chercher une bouteille de bière locale que je lui offre. « Ah, ça c’est ma forme préférée de troc ! Santé ! » me lance-t-il en la décapsulant. Nous restons un petit moment à jaser sur la plage, même si la nuit se fait fraîche. Je lui parle de mon reportage et de l’envie de faire connaître des initiatives positives, dont la sienne. L’idée lui plaît et nous nous revoyons le lendemain chez lui pour une prise de son. En bon conteur, il me livre son histoire tellement parfaitement que je n’ai eu aucune retouche à faire en post-prod. Nous nous quittons en nous promettant de garder contact. Mes photos lui ont plu, et il aimerait les utiliser pour la communication de son spectacle. L’histoire de Patrick, elle aussi, m’a inspirée. Ne serais-je pas en train de suivre le même chemin que lui, à avoir moi aussi pris ma « retraite » à 25 ans ? Il ne me resterait plus qu’à faire quelque chose d’utile de ma vie pour justifier cette retraite… J’espère que ce reportage fonctionnera. Qu’il inspirera des gens et en incitera d’autres hésitants à se lancer et à lâcher les boulets qui les retiennent dans une vie qui ne leur convient pas, pour enfin réaliser ce dont ils ont rêvé sans savoir qu’ils en sont capables. J’espère aussi secrètement que quelqu’un, un jour, me remerciera d’avoir mis en lumière des exemples de projets déjà réalisés. C’est ma contribution, pour l’instant, à ce mouvement qui prend de plus en plus d’ampleur : la conscience qu’il devient urgent de ralentir.

Pour en savoir plus, allez écouter l’interview inspirante et stimulante (!) de Patrick Dubois:

 

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Article et photos par Céline Fernbach

Jetez un coup d’oeil au site de Céline! : http://www.celinefernbach.com/

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